Organisation: La
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élections Blagnac:
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Techniques
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et autonomie populaire, par un adhérent de l'UR normande CNT-AIT Perspectives
: De l'Empire
romain à la mondialisation : l'anarchisme en héritage, par Little
Hérodote Tracts : Aménagement
du temps de travail (35 h) et refondation sociale (PARE) ou comment nous faire
tous travailler pour pas un rond Travailleurs
intérimaires, par le Syndicat Interco de Besançon Ca
se passe comme ça ..., par le Syndicat Interco
de Paris Ni
ennui, ni terreur ..., par le Syndicat de l'Yonne Les
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à la police Face
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très net, par Interpasnet Mondialisation
et anti-mondialisation : un détournement de cible, par A. Sulfurik
Economie: Moins
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que la thérapie génique ?, par l'Eugène rouge et noir
Prions pour une vache folle,
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nous devons combattre l'ingénierie génétique et son monde,
par le Syndicat Intercorporatif de l'Essonne Agripognon
: O.G.M. Culture: Antilibéralisme
spectaculaire, par Gille Brochures : Dans
les syndicales, E. Pouget Le
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des syndicats Les
liens de l'AIT http://cntait89.free.fr/ Ce
site web expérimental est rédigé, réalisé et
mis en ligne à titre militant par des adhérents de la CNT-AIT, chômeurs
ou salariés, après leur journée de travail. 
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PERSPECTIVES
De l'Empire romain à la mondialisation : l'anarchisme
en héritage.
Nos ancêtres de tout le pourtour du Mare Nostrum (la Méditerranée),
et largement au-delà, étaient dans les faits esclaves de
Rome. Puis vinrent les invasions qui abattirent cet empire colossal. Tour
à tour soldats ou laboureurs, chasseurs ou gibier, contraints souvent
de se cacher dans les vastes forêts ou de s'emmurer pour échapper
aux violences, les petites gens furent transformées en serfs par
la féodalité, qui en mettant fin aux grandes migrations,
les enracina au sol. Ils étaient devenus de simples objets, faisant
partie du patrimoine des possédants de la terre, les féodaux.
Le deuxième millénaire débuta sous le signe des croisades,
de l'union des victimes et de leur bourreaux. Nobles et moines persuadèrent
leurs serfs de partir combattre l'infidèle et les préparèrent
à mourir pour "la bonne cause". Mais la noblesse, qui
dirigeait ces croisades, fut défaite par les musulmans. Alors,
le sabre étant vaincu et le goupillon abandonné de son dieu,
l'idée sembla renaître, comme l'écrit Michelet, que
l'oppression n'a pas de légitimité. Le Serf relève
la tête et brûle des châteaux... ce sont les premières
Jacqueries. Les Jacques ne sont pas, comme les bandes de Bagaudes ou de
Wisigoths qui firent voler en éclats l'empire romain, de simples
pillards. Car dans les villes comme dans les champs, au delà de
la violence vengeresse, les serfs lèvent le drapeau des franchises,
de l'égalité, de la justice et de la liberté... c'est
le renouveau du mouvement vers l'émancipation, dont on pourrait
trouver les prémices dans maints événements de l'antiquité,
tour à tour porté et défendu par les individus les
plus divers. Il nous mène droit à notre actualité.
TRAJECTOIRE DU MOUVEMENT EMANCIPATEUR
La sédentarisation permet de voir naître au cours du millénaire
qui s'achève différentes couches sociologique (paysannerie,
artisans, bourgeois, ouvriers ensuite) prendre en main les espoirs de
ce mouvement émancipateur avant de décliner. Le point commun
de ces mouvements est la constante trahison des chefs politiques. C'est
par exemple l'alliance de Louis XI et de Charles le Téméraire,
pourtant mortels adversaires, pour massacrer le peuple de Liège.
Alors que la Renaissance met la culture à l'ordre du jour chez
les princes et que les Lumières inondent la bourgeoisie, il faudra
attendre le XIXème siècle pour voir le peuple se forger
ses propres concepts théoriques. Proudhon reste le symbole de cette
montée en puissance, mais lui, tout comme les autres socialistes
de l'après révolution française, ne sont que les
précurseurs de la grande prise de conscience populaire. Elle se
fera peu à peu, avec l'apparition d'une classe ouvrière
qui émerge en tant que telle, par étapes, en 1789, 1848,
1871, 1917, 1936 avec l'apparition d'un clivage croissant entre les bourgeois
et les ouvriers, entre les partisans de la conquête du pouvoir politique,
représentés en particulier par les marxistes et ceux qui
revendiquent une révolution sociale, les anarchistes.
Contrairement à la prophétie marxiste, le début du
siècle est secoué par deux grandes révolutions paysannes.
En décembre 1914, Villa et Zapata entrent, victorieux, dans Mexico
et s'assoient alternativement dans le fauteuil de Carranza, puis ils repartent
l'un au Sud, l'autre au Nord, vers une défaite certaine dès
lors qu'ils n'ont su aller plus loin que l'occupation éphémère
des lieux du pouvoir. La révolution russe de 1917 est la riposte
populaire au premier massacre mondial. L'Etat n'est pas détruit
mais il est pris en main par le parti bolchevique. Les bolcheviques (marxistes-léninistes)
avaient pour principal objectif de prendre la direction du mouvement et,
grâce à cela, de conquérir l'Etat, d'accéder
au pouvoir. Ils y réussissent pleinement. Le bilan final est le
désastre que l'on sait.
Le XXème siècle est l'histoire du déclin des partis
communistes qui prônaient la dictature du prolétariat ? Ce
déclin est lié à des causes historiques du même
type que celui du déclin des révoltes paysannes et communales.
Une seule classe sociologique, née d'une conjoncture économique
particulière et instable, ne peut prétendre, à cause
de cela même, supplanter un système qui repose, lui, sur
une bases structurelle : la domination de l'homme sur l'homme .
Cependant, les deux derniers siècles, émaillés de
révolutions, ont permis aux descendants des esclaves et des serfs
de se créer un projet de société, un imaginaire collectif
(cette idée est largement développée par Castoriadis)
qu'il leur appartient de perfectionner.
NAISSANCE DE L'ORGANISATION ANARCHISTE
Ce qui reste de tant de luttes, c'est justement la persistance du projet
collectif émancipateur, basé effectivement sur une culture
et des idées, porté par des individus appartenant, suivant
les circonstances historiques, à telle ou telle couche sociologique
de la société (paysans, artisans, ouvriers
), mais
toujours issus au camp des opprimés. En face, se dresse de façon
immuable le pouvoir religieux et politique, l'église et l'état,
dont le rôle historique est la défense des privilèges
d'un groupe sur une population.
A travers des scénarios assez voisins une fraction de cette population,
sous diverses bannières, par nécessité ou par "mauvais
esprit", s'est toujours retrouvée en première ligne
dans la lutte contre ces pouvoirs. Ce sont là-bas les enfants perdus,
ailleurs des guérilleros, ici des francs tireurs. Les Wallace,
les Mandrin, les Empecinados, les Pougatchev, sont les chefs que le peuple
s'est d'abord donné, à tort ou à raison, pour concrétiser
sa révolte. Mais la lassitude de servir et de mourir pour des ambitieux
pose la question de l'organisation sur le terrain de l'action. Elle va
se poser aux rebelles et aux bandits, aux marginaux et aux insoumis, aux
têtes brûlées comme aux têtes pensantes.
A partir du XVIIIème les grands mouvements populaires élisent
leurs chefs, leurs guides. C'est de cette tradition que va naître
le parti structuré et hiérarchisé, capable de prendre
le pouvoir en se mettant à la tête des soulèvements
et même en les créant. Mais, avec l'expérience, on
s'aperçoit "qu'il n'y a pas de sauveur suprême, ni Dieu,
ni César ni Tribun" et qu'une tête cela se coupe ou
cela s'achète. En parallèle la naissance de l'industrialisation
et de l'économie de masse va permettre aux exploités groupés
dans les mines et les usines de se compter. De nombreux groupements, unions,
fédérations vont naître de ce magma dont l'originelle
diversité explique les différences dans les buts comme dans
les tactiques. De l'alliance de militants activistes imaginée par
Bakounine, plongés dans le milieu ouvrier, naîtront de puissantes
organisations. Elles connaîtront des heures de gloire puis des jours
sombres. Ce sont les débuts de l'anarcho-syndicalisme. En Argentine
l'organisation ouvrière anarchiste (FORA) est arrivée à
développer par elle-même et avec des objectifs sans compromission
des luttes qui ébranlèrent le pouvoir, avant de subir une
féroce répression. En Espagne, les militants et sympathisants
de la CNT commencèrent à instaurer le communisme libertaire,
c'est-à-dire une société autogérée
libérée de l'Etat et de l'exploitation, mais ils se retrouvèrent
piégés dans une guerre qui n'était pas leur guerre
car l'objectif des deux camps (fasciste comme républicano-socialo-communiste)
était avant tout d'en finir avec la révolution sociale.
En France le mouvement syndical du début du XXème trouva
sa source dans l'action de quelques anarchistes, dont Pelloutier qui créa
le mouvement des Bourses du Travail, avant de se faire laminer par la
guerre de 14 et d'être utilisé, pour certains regroupés
autour de Monatte, par le parti communiste.
A cette heure donc, une immense partie de ce travail d'émancipation
et de libération a été récupérée
ou anéantie par les politiciens de tous bords. Il faut en tirer
les bilans.
L'ANARCHISME EN HERITAGE
De la lecture de ce qui précède, forcément concis,
il ne faut pas déduire que tout cela a eu lieu de manière
linéaire et progressive. Le mouvement émancipateur, comme
la vie qui le porte, avance à tâtons, avec des hauts et des
bas, avec ses erreurs et ses errements mais aussi avec ses coups de génie.
Il n'y a pas de fin de l'Histoire, mais des moments différents
A présent, nous sommes "citoyens" occidentaux, comme
on a pu être "citoyen" romain, vivant du pain et des jeux,
payés d'une richesse acquise par le système capitaliste
sur le dos de l'humanité réduite pour les deux tiers à
l'esclavage économique.
Plus tout à fait prolétaires (ils ont été
"délocalisés"), notre existence est liée
à notre force de travail mais aussi à l'intérêt
que nos gouvernants trouvent à préserver la paix sociale
près des lieux du pouvoir mondial. Nous sommes des plébéiens
achetés par une démocratie clientéliste et notre
niveau de vie au chômage reste supérieur à celui de
nombre de travailleurs du tiers monde. Dans ce présent, l'idée
émancipatrice reste une lueur timide et vacillante, elle doit redevenir
une flamme et cette flamme un incendie. Ce que nous devons construire
à l'aube du troisième millénaire, c'est le regroupement
des individus à la fois porteurs de ce projet collectif et conscients
de l'opposition de ce projet avec l'existence des pouvoirs institutionnels.
La construction de cette organisation fondamentalement anarcho-syndicaliste
par le fait qu'elle reprend la conception de lutte de classe (exploités
contre exploiteurs) et de non-collaboration avec le pouvoir nous place
donc dans la suite de la trajectoire initiée par les Jacqueries
et toutes les luttes populaires d'émancipation.
Mais nous devons également tenir compte de l'utilisation qui a
été faite du mouvement anarchiste. Nous avons été,
même dans un passé récent, les bachi-bouzouks des
politiciens de gauche et d'extrême gauche. Veillons à ce
que cela ne se reproduise plus, à ne pas nous laisser écarter
de nos objectifs, à ne pas laisser récupérer nos
idées.
Libres de toute ambition individuelle, soyons ambitieux collectivement,
pour le triomphe de la cause de l'émancipation universelle. Bref,
soyons dignes de notre héritage .
Little Hérodote
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